Archives de juillet, 2016

A la lecture de la presse, seul élément dont je dispose, ce cas est intéressant pour une raison évidente : on utilise le mot de cybercriminalité pour des délits commis à l’aide de connexions internet (ou intra réseau) sachant qu’il n’y a que très rarement des crimes physiques. Si le terrorisme provoque des tueries de masse ou individuelles, il est rare de constater une personne non affiliée au terrorisme mettre en oeuvre une telle opération telle que celle de Munich. Au regard du taux de la cybercriminalité, les décès sont très faibles.
Le constat est que la plupart des délinquants dans le monde réel ont transporté leur activité dans l’espace virtuel. Les chiffres de la délinquance dans le monde réel ont du reste diminué au profit de la cybercriminalité qui connait une croissance impressionnante de par les potentiels, interactivité, manque de sécurité, etc qu’offre l’espace virtuel. Surtout, on s’y sent caché !
Ainsi, tuer à l’aide de l’espace virtuel peut se comprendre avec l’achat d’une arme sur le darkweb, comme ce jeune David Ali Sonboli. Là où cela devient plus ingénieux, c’est le piège tendu pour attirer ses victimes, via Facebook, l’un des plus célèbres réseaux sociaux qui existent! L’utilisation de Facebook pour un jeune est presque innée, et, de fait, il attirera plus facilement des gens de son âge. Donc ce choix d’environnement n’est pas surprenant. L’approche avec ces jeunes, encore une fois à la lecture des éléments dont je dispose, semble liée à des déclencheurs que David Ali Sonboli a du vivre. Il est plutôt certain que le tueur aurait fini par se venger envers les personnes qui l’ont harcelé : Munich n’aurait été qu’un test s’il ne s’était pas suicidé.
Cette fascination de deux tueurs de masse avec analyse d’un dossier de celui qui a mis fin à ses jours, donne des similitudes profils du tueur de Munich avec ces tueurs. Mais n’ont-elles pas été créées au fil des éléments  relevés par le tueur de Munich !
Le fait de ne pas être identifié auprès des siens, une enfance marquée par des rejets, une recherche de se faire comprendre au travers d’un repère extrême et proche de ses aspirations. La préparation de son acte alimente d’autant ses rejets voire peurs surtout si d’autres se sont greffées depuis. Quant à l’acte suicidaire, que représente-t-il si ce n’est l’achèvement de se sentir rejeté sans considérer une moindre issue ! Ses repères familiaux ne semblent pas avoir de poids afin d’éviter un tel acte.
Est ce qu’en tant que net-profiler, j’aurai pu déceler le profil de David Ali Sonboli ?
Sur photo, son profil c’est certain sans forcément prédire d’un tel acte. En analysant son faux profil Facebook, je pense en effet que plusieurs indicateurs auraient montré son instabilité. J’imagine qu’il a dû tenir des propos et poster des posts incongruents qui auraient révélé sa nature et peut-être ses intentions.  Mais pouvait-il être le centre de tout face au terrorisme qui est une priorité? Tout est une question de volonté, moyens et de formation.
Un harcèlement non résolu, non pardonné peut provoquer de terribles maux qui touchent directement la victime. Selon son état avant harcèlement, selon son profil et la puissance du harcèlement subit, la victime cherchera à évacuer et retrouver son image, son honneur. L’acte est selon moi en ce sens même le suicide puisqu’ainsi que je l’écrivais, David Ali Sonboli ne voyait pas d’issue. Sa vie s’était tournée vers l’acte de vengeance. Les profils des suspects ont des liens avec ce que le tueur a subi, soit relayant des informations contre le tueur, soit connaissant des harceleurs, soit ayant l’intention ou commis des actes proches des personnes ayant harcelé le tueur.
Pourquoi un lieu public?
Pour que la réparation se fasse à grande échelle et montrer qu’il n’est pas celui que les harceleurs disaient.
L’analyse de l’environnement physique a t-elle était faite par le tueur? Je n’en suis pas certaine. Le choix du Mac Donald’s est aussi en lien avec ses propres habitudes tout comme Facebook (ou rejet si les parents refusaient de l’y emmener). Un tueur dans le monde réel repère majoritairement les lieux même brièvement avant de commettre son acte. Il se met en danger physiquement en se montrant. Le tueur de Munich l’a-t-il fait ? Je pense qu’il connaissait les lieux et s’est plus servi plus d’un google earth que d’y aller physiquement pour préparer cela.
Nadine TOUZEAU
Profiler, net-profiler, chercheur en comportement des cybercriminels
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