Archives de septembre, 2016

J’ai rédigé cet article le 20 décembre 2013 après analyses des suites de mes interventions dans des entreprises victimes de suicide. Je constate que 3 ans après, rien n’a vraiment changé, tristement.

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Les colonnes des journaux français actuellement ne désemplissent pas d’annonces de suicides dans divers domaines. Pour ma part, je ne m’en tiendrai qu’à mon univers professionnel de personnes songeant au suicide telle une option pour en finir avec leurs problèmes. Elles sont fort heureusement toutes en vie et même heureuses.

La crise, excuse média, a bon dos afin de justifier un acte de désespérance. Il est en effet plus aisé de légitimer de tels actes, non des moindres à mettre en œuvre, que d’en comprendre la réelle et précise cause.

Mais les faits sont là …  certes, l’effet aussi !

Faiblesse, dépression, « pauvreté de vie » sont autant de prétextes ou excuses, selon le sens que l’on veut accorder à ces gestes terribles, afin de s’approprier ou expliquer ce qui ne peut appartenir qu’au disparu.

Il y a forcément une part de responsabilité des proches lorsqu’un tel acte est commis, d’où une culpabilité qui colle très longtemps à la peau de ceux qui ont bien connu le défunt.

Des questions passées en boucle harcèlent l’esprit afin de comprendre ce que l’on n’a pas vu, pas entendu, oublié de faire… Les réponses, tant désirées, ne viendront jamais.

Les déclencheurs interviennent majoritairement bien avant le processus de mettre fin à ses jours. Différents déclencheurs sont possibles. Le cœur avait la primeur autrefois : c’était un acte romantique montrant le vrai amour pour l’autre, ce qui n’a plus autant cours de nos jours. L’honneur exige dans certaines cultures de mettre fin à sa vie par ce qu’on a déshonoré un être, une famille, une valeur même. Aujourd’hui, le manque d’argent est souvent un déclencheur, mais on occulte un univers qui  pousse encore plus à l’acte final : c’est l’environnement.

Qu’il soit d’ordre professionnel ou personnel, l’environnement a pris un pas incontestable dans notre vie.

Un endroit, un lieu peuvent prédisposer au suicide de par son manque de soleil, son isolement … Quelque chose survenue soudainement qui ne pourrait souffrir d’exister plus longtemps aussi.

Évoquons les repères liés à nos racines et nos cultures ébranlées. N’oublions pas nos schémas (notamment sur des profils ayant subi des toxicités) qui font ce que nous sommes, comment nous agissons, etc. Les dénaturer, déstructurer, galvauder, dénigrer cela engendre systématiquement des difficultés à se synchroniser dans son environnement. Plus ces repères sont atteints, plus l’humain est déstabilisé et sur un profil sensible ou fragile psychologiquement (ce qui ne veut pas dire malade psychologiquement), l’ampleur des « dégâts » est plus importante.

Il y a aussi l’évolution de notre société qui s’est faite de façon rapide : aujourd’hui il nous est difficile de se passer d’un confort, pas uniquement matériel, que nos parents et encore plus nos grands-parents ne pouvaient même concevoir ! Ces conforts sont entrés dans nos vies, les bouleversant,  sans décodeur ni lexique d’utilisation : rappelez-vous le signe @ que l’on voyait partout avant d’en connaitre son explication.

Justement, le virtuel. L’aspect fantastique véhiculé par une fibre qui vous informe et transporte en un clic vers tout et n’importe quoi a été accueilli avec liesse… la « gueule de bois » commence à se faire sentir !

Un clic pour envoyer un mail dont le contenu ferait pâlir les premiers télex tant il est succinct (ne parlons pas des sms). Le télex envoyait un message moins rapide et beaucoup plus loin alors que le mail après le clic arrive souvent, avant que le doigt ne quitte la touche du clavier, au collègue juste en face de soi … Le manque de communication « tue » terriblement lorsque l’on transpose le virtuel par de l’humain.

Et les dérives des clics de trop qui semblent anodines dans le fait, voire entrés dans les meurs, aboutissent parfois à des actes vexants, humiliants en publiant sur le web des textes, photos, vidéos plus ou moins compromettantes et intrusives (sans oublier les rumeurs). Selon le profil, il n’est pas évident de pouvoir prendre du recul, relativiser une situation parfois plus ubuesque que grave. Encore plus sur un individu jeune dont la gestion de son image n’a pas la même dimension que chez un adulte.

Notre environnement crée son histoire face à tant de modifications à plusieurs endroits de nos vies et l’accompagnement est rarement prévu !

Ainsi que je l’indiquais en introduction, j’ai eu à travailler sur plusieurs cas de « suicidaires » dont mes premiers clients étaient chez France Telecom (lors de la médiatisation). Le suicide était expliqué comme étant une issue comme une autre, telle une rupture de contrat sauf que c’était avec la vie. Ils ne savaient plus discerner les choses et hiérarchiser,  ce qui est vital ou pas tant ils étaient déstabilisés. La coupe était trop pleine pour eux sachant que chacun à son propre format de coupe !

Si ce n’est leur épuisement intellectuel, leur attitude écartée, leur corps replié et détesté ou délaissé, leur voix sans grande conviction, etc., rien ne présageait qu’ils voulaient en finir avec la vie. Une éventualité était envisagée, mais sans conviction réelle.

On rentre le soir, sans envie, sans avoir personne à qui parler, sans avoir quelqu’un avec qui partager, sans se sentir compris, sans se sentir aimé, sans bruit, sans chaleur, sans tendresse …. Et le tout sans être forcément célibataire !

On ouvre la porte de sa maison, harassé, usé et les épaules sont toujours aussi chargées de soucis, de manque et d’envies de solution.

On pose ses clés dans le vide-poche est c’est des reproches, des questions déplacées, des cris, des pleurs, des doutes et des tensions dans son corps…

On jette son sac de cours sur le sol, blessé par un ami, rejeté par un camarade, incompris par un professeur, agressé par un groupe de jeunes sans pouvoir en parler à ses parents absents, occupés, qui n’y comprennent rien… ou avec le choix de cacher la vérité à ses parents.

On ferme la porte du bureau en se demandant comment on va payer les factures, qu’on risque de tout perdre et se retrouver à la rue, qu’on fera honte à son conjoint, ses enfants, sa famille…

Afficher l'image d'origineEt on va au bureau à reculons …

Il est difficile de combler des silences. Il n’est pas sûr d’avoir quelqu’un à qui parler, même entouré de monde. Il n’est pas évident d’envisager une issue qui pourrait paraitre évidente à d’autre. Il est plus facile et rapide de quitter son employeur que de quitter son conjoint. Sauf en période de crise économique…

On fait avec par ce qu’on pense ne pas savoir faire sans.

Par ce que cela exige un effort. On va vers ce que l’on connait car c’est rassurant du fait qu’on le connaisse, même si on n’en veut plus. Seuls les plus courageux acceptent d’évoluer et avancer vers ce qui leur correspond, parfois au prix d’étapes difficiles, mais toutes riches et constructives qui mèneront à l’objectif voulu.

Le schéma et/ou l’environnement qui ne sont pas réellement sains favorisent une personne à se suicider selon la capacité à ingurgiter ce que l’on vit et subit. Chacun a sa propre faculté d’encaisser et d’évacuer : cela se travaille et évolue dans la vie. Pour autant, tous ne peuvent y arriver. Ce pourquoi il parait incompréhensible à certains d’avoir quitté cette terre pour « si peu ».

Le déclencheur se fera au moment où la personne commencera à perdre confiance en elle, croyance de sa personne et à encaisser ce qui n’est pas inscrit dans sa nature.  L’isolement deviendra sa carapace et défensive. Le silence s’installera souvent ponctué de résignation et/ou colère. Il ne parlera pas de suicide et s’il évoque le sujet, il sera effleuré donc pour ainsi dire pas pris au sérieux. En revanche, l’acte pourrait tout à fait se faire : il sera réfléchi, calculé, préparé et appliqué rapidement. Parfois des étapes seront nécessaires pour faire aboutir à l’acte. Un « au secours », pas forcément détectable facilement et sous diverses formes, aura été lancé au moins une fois avant.

J’ai souvent dit aux DRH qu’ils ne sont pas à même de pouvoir détecter ce genre de profil. Les risques psychosociaux sont devenus une priorité pour beaucoup de société et c’est tant mieux. Toutefois, si la volonté doit être saluée, j’ai vu peu de mesures concrètes et opérationnelles incitant les gens à même simplement se sentir épaulés. Ce qui décuple le sentiment d’incompréhension des salariés. Un fait est aussi qu’on ne peut dissocier la vie personnelle de la vie professionnelle même si il ne doit pas y avoir amalgame : un discours pas encore entré dans l’entreprise française.

L’humain n’est pas simple, la vie trop difficile pour certain, mais il est une chose essentielle qu’il faut écarter de nos vies : l’individualisme.
Encore une fois communiquer n’est pas aisé, mais même si c’est maladroit, il est toujours mieux de le faire que fuir, de parler que de se taire et sans attendre.

Combien d’incompréhensions naissent de ne pas avoir dit ! Combien d’isolements aboutissent de ne pas avoir pris le temps de ! Combien de je n’avais pas compris oubli d’écouter plutôt que d’entendre !

Pour conclure, l’acte de se suicider est jugé souvent comme lâche. Je trouve au contraire que c’est un acte très courageux.

 

Nadine TOUZEAU
Profiler, net-profiler, researcher in behavior of cybercriminals

ACFE USA member | ASIS Member | ICTTF member | CEFCYS member and delegate Bretagne country

A la demande de Laurent Barreau, BS Protection Rapprochée – Parole d’expert

De nombreux agents de protections, gardes rapprochées et autres protections de biens et personnes, sont sujets à de nombreuses situations qu’ils ne peuvent anticiper, limitées dans les retombées ou prédire. Les moyens et possibilités nécessaires afin de mieux sécuriser un secteur entravent parfois cela. Cela  me rappelle lorsque j’étais en Afrique travaillant avec des gendarmes et policiers en manquent de moyens.
Nous avons résolu une partie de ces manques en formant des officiers et sous-officiers à certaines techniques de l’analyse comportementale et profilage. Suivant les profils, les résultats se sont fait savoir sur des affaires d’homicides, des vols à main armée aggravés avec violence et protections rapprochées de VIP.

…  la suite : https://www.bs-formation.com/accueil/parole-d-expert/